L’opération au Venezuela et ses ramifications pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord
L’opération militaire américaine du 3 janvier 2026 contre le Venezuela, aboutissant à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, constitue bien plus qu’un événement régional latino-américain. Cette intervention, impliquant 150 aéronefs décollant de 20 bases aériennes et navires militaires et causant 100 décès selon les sources vénézuéliennes, marque un tournant dans l’ordre géopolitique global dont les répercussions pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) sont profondes et multidimensionnelles.
Au-delà du narratif officiel américain centré sur le narcotrafic, cette opération s’inscrit dans une reconfiguration stratégique qui touche directement aux intérêts, aux alliances et aux vulnérabilités structurelles de la région MENA. Du démantèlement du réseau de financement du Hezbollah à la rivalité sino-américaine pour le contrôle des minéraux critiques, en passant par l’établissement d’un précédent juridique inquiétant, l’intervention au Venezuela ouvre un nouveau chapitre dans les relations internationales dont les acteurs du MENA doivent mesurer l’ampleur.
Cette analyse examine les implications multifacettes de l’opération vénézuélienne pour la région MENA, en s’appuyant sur une documentation exhaustive des réactions officielles, des flux économiques et des dynamiques géopolitiques en jeu.
Le démantèlement du triangle stratégique Venezuela-Iran-Hezbollah
L’architecture d’une alliance
Depuis l’avènement d’Hugo Chávez en 1999, le Venezuela a émergé comme un pilier stratégique du réseau de soutien iranien et du Hezbollah dans l’hémisphère occidental. Cette relation triangulaire, consolidée sur plus de deux décennies, repose sur trois piliers documentés.
Premier pilier : La coopération économique Iran-Venezuela
Depuis le début des années 2000, l’Iran et le Venezuela ont conclu plusieurs centaines d’accords et de mémorandums de coopération, principalement dans les secteurs de l’énergie (pétrole et gaz), des infrastructures et de l’industrie. Si ce sont près de 300 accords au total, leur portée économique et le montant réel des investissements varient fortement. En 2020, face aux sanctions américaines, l’Iran a fourni au Venezuela des livraisons de carburant essentielles, transportées par cinq pétroliers qui ont défié le blocus naval américain. En échange, selon l’analyse de Joseph M. Humire dans The Maduro Hezbollah Nexus: How Iran-backed Networks Prop up the Venezuelan Regime (2020), citant Bloomberg, l’Iran a notamment reçu près d’un demi-milliard de dollars (neuf tonnes) de lingots d’or en guise de paiement.
Deuxième pilier : L’infrastructure militaire et technologique
En octobre 2020 prenait fin l’embargo sur les armes de l’ONU contre l’Iran, ce qui, selon les médias régionaux, a ouvert la porte à des exportations d’armements, y compris des drones. Cités par Iran International en novembre 2020, certains médias iraniens ont affirmé que des images montraient Nicolás Maduro avec un drone présenté comme un Mohajer-6 iranien, et ont évoqué un « possible transfert » de technologie ou d’équipement après la levée de l’embargo. Le 30 décembre 2025, 4 jours avant l’opération « Absolute Resolve », des images partagées sur les réseaux sociaux semblent confirmer que le Venezuela a pris livraison du drone Mohajer-6, constituant une récente preuve publique de l’existence de déploiement de drones iraniens au sein des forces vénézuéliennes.
Troisième pilier : Le nexus Hezbollah-Venezuela
Le Hezbollah a développé une présence opérationnelle significative au Venezuela, particulièrement sur l’île Margarita qui est devenue, selon les témoignages d’officiels américains au Congrès en 2011, un centre névralgique d’opérations dépassant en importance la zone tri-frontalière traditionnelle (Argentine-Paraguay-Brésil).
En 2017, CNN révélait que 173 passeports vénézuéliens avaient été délivrés à des membres du Hezbollah depuis l’ambassade du Venezuela en Irak, facilitant la mobilité internationale des cadres de l’organisation. Le ministre de l’Intérieur alors Tareck El Aissami, sanctionné par le Trésor américain en 2017, aurait joué un rôle central dans cette infrastructure, recevant des paiements de cartels colombiens et mexicains en échange de l’utilisation d’aéroports, de ports et d’autoroutes vénézuéliennes pour le transit de stupéfiants.
L’impact financier de la rupture
La capture de Maduro intervient à un moment critique pour le Hezbollah, qui traverse sa période de vulnérabilité la plus aiguë depuis sa création en 1982. Les réseaux vénézuéliens contribuaient de manière substantielle au financement de l’organisation à travers plusieurs canaux.
Les réseaux de blanchiment
L’Opération Titan (2011) a révélé des connexions entre le narcotrafic sud-américain et le financement du Hezbollah, avec des flux financiers estimés par les autorités américaines à 200 millions de dollars mensuels à leur apogée. Ayman Joumaa, un trafiquant libano-colombien inculpé aux États-Unis en novembre 2011, dirigeait un réseau qui blanchissait ces sommes via des entreprises au Liban, en Colombie, aux États-Unis, au Mexique, au Panama et au Venezuela.
La « Business Affairs Component »
Identifiée par la DEA comme une division de l’unité des opérations externes du Hezbollah, cette structure gérait des activités illicites de trafics de drogue, de trafics de cigarettes et de blanchiment d’argent. Selon Brian Townsend, agent de la DEA, « ils blanchissent de l’argent et fournissent des réseaux qui aident les cartels à déplacer des fonds à travers le Moyen-Orient. »
Le timing critique
Cette perte financière survient alors que :
- L’Iran, actuellement confronté à des manifestations massives liées à la stagnation économique et contestant ouvertement le régime, voit sa capacité de soutien financier au Hezbollah diminuer substantiellement par rapport aux 700 millions de dollars annuels estimés en 2018
- Le Hezbollah subit les conséquences de l’élimination de Hassan Nasrallah en septembre 2024 et d’une large partie de son commandement
- Le gouvernement libanais, sous la présidence de Joseph Aoun, a approuvé le plan « Homeland Shield » en septembre 2025 visant à désarmer l’organisation
- Selon la Force du FINUL, Israël a violé plus de 10 000 fois le cessez-le-feu en vigueur avec le Liban depuis novembre 2024
Les réactions officielles du MENA : Un spectre révélateur
L’Iran : Entre condamnation et inquiétude existentielle
La réponse officielle immédiate
Le ministère iranien des Affaires étrangères a publié une déclaration condamnant « la flagrante violation de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du Venezuela », qualifiant l’opération américaine de « violation grave de la paix et de la sécurité régionales et internationales » dont « les conséquences affectent l’ensemble du système international et exposeront davantage l’ordre fondé sur la Charte des Nations Unies à l’érosion et à la destruction. »
Les menaces voilées
Ali Larijani, conseiller supérieur du Guide suprême Ali Khamenei, a réagi sur X en avertissant que « l’intervention américaine dans les affaires intérieures iraniennes correspondrait au chaos dans toute la région et à la destruction des intérêts américains, » faisant référence aux bases militaires américaines que Téhéran pourrait cibler, comme il l’a fait en 2025 au Qatar.
Israël : Un soutien enthousiaste et un message indirect
L’accueil officiel
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré lors de la réunion du cabinet : « Je tiens à exprimer le soutien total de l’ensemble du gouvernement à la décision et l’action déterminées prises par le président Trump et les États-Unis pour restaurer la liberté et la justice dans cette région du monde également. »
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar a écrit sur X : « Israël salue le retrait du dictateur qui dirigeait un réseau de drogue et de terreur et espère le retour de la démocratie dans le pays et des relations amicales entre les États. »
Le message à l’Iran
Plus révélateur encore, Yair Lapid, leader de l’opposition israélienne, a posté un avertissement direct : « Le régime en Iran devrait prêter une attention particulière à ce qui se passe au Venezuela. » Ce message, publié quelques jours après que Trump a rencontré Netanyahu et menacé de nouvelles frappes contre l’Iran, établit explicitement un parallèle entre le sort de Maduro et celui que pourrait subir le régime iranien.
L’Égypte et les pays arabes : Prudence et pragmatisme
La position égyptienne
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a publié une déclaration prudente indiquant qu’il « surveillait attentivement la situation » et qu’il « travaillerait à protéger les ressortissants égyptiens vivant au Venezuela. » Le ministre adjoint des Affaires étrangères Haddad El-Gohary a conseillé à la communauté égyptienne dans le pays de suivre toutes les lois et de contacter l’ambassade en cas de risque.
Cette réaction mesurée reflète la position délicate de l’Égypte, qui maintient des relations étroites avec Washington tout en cherchant à préserver une posture de non-alignement sur les questions de souveraineté étatique.
Le silence calculé du Golfe
De manière notable, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis n’ont émis aucune condamnation publique de l’opération américaine. Ce silence contraste fortement avec les réactions de nombreux pays latino-américains et européens, et révèle plusieurs dynamiques :
- L’alignement stratégique avec Washington : Les monarchies du Golfe, en particulier face à la menace iranienne, privilégient leur partenariat sécuritaire avec les États-Unis
- Renforcement du levier de négociation avec Washington : L’instabilité durable du Venezuela accroît la dépendance américaine à la fiabilité des producteurs du Golfe pour gouverner sans crise. Riyad et Abou Dhabi peuvent ainsi transformer leur rôle de stabilisateurs du marché en levier diplomatique
- La rivalité avec l’Iran : L’affaiblissement d’un allié clé de Téhéran sert les intérêts géopolitiques régionaux des monarchies du Golfe
Les tensions Arabie Saoudite-EAU
Il est à noter que l’opération au Venezuela coïncide avec une crise publique entre Riyad et Abu Dhabi concernant le Yémen. Le 30 décembre 2025, des forces saoudiennes ont intercepté un envoi d’armes lié aux EAU destiné au sud du Yémen, suivi d’une frappe aérienne sur le port de Mukalla causant 7 morts. Malgré les tensions et les faibles productions vénézuéliennes, l’OPEP+ a confirmé que l’alliance maintiendrait sa production stable au premier trimestre 2026, démontrant que la cohésion sur les questions énergétiques prévaut sur les différends régionaux.
La dimension énergétique et minérale : Enjeux structurels pour le MENA
Le paradoxe vénézuélien : Réserves massives, production dérisoire
L’écart entre potentiel et réalité
Le Venezuela détient les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à 303 milliards de barils, soit environ 17% du total mondial et davantage que l’Arabie Saoudite (plus de 260 milliards de barils). Pourtant, la production vénézuélienne s’élevait à seulement 934 000 barils par jour en novembre 2025 selon l’OPEP, représentant moins de 1% de la demande mondiale, contre plus de 3 millions de barils par jour à la fin des années 1990.
Cette déchéance résulte de décennies de mauvaise gestion, de politisation de l’industrie, et de sous-investissement chronique. Sous Chávez, PDVSA (l’entreprise pétrolière nationale) a été purgée de ses experts techniques et utilisée comme instrument d’extraction de revenus sans réinvestissement adéquat. Les sanctions américaines, intensifiées depuis 2019, ont accéléré et approfondi ce déclin en restreignant l’accès au financement, aux opérations et aux marchés.
La réaction contenue des marchés
Contrairement aux anticipations initiales, les prix du pétrole ont reculé après l’opération américaine. Le Brent est retombé autour de 60 dollars le baril, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) est passé sous le seuil des 58 dollars. Cette réaction apparemment contre-intuitive s’explique par un contexte de suroffre structurelle : la croissance de la production hors OPEP, notamment aux États-Unis, au Brésil, en Guyana et en Argentine, continue d’alimenter le marché. Parallèlement, malgré le maintien de certaines réductions volontaires par des membres de l’OPEP+, l’offre mondiale reste abondante. Selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie, le marché pétrolier pourrait connaître un excédent significatif en 2026, l’offre mondiale dépassant la demande de l’ordre de 1 à 2 millions de barils par jour selon les scénarios.
Les implications à long terme pour les producteurs du MENA
La reconfiguration du marché pétrolier
Carole Nakhle, PDG de Crystol Energy, observe qu’ « une reprise rapide de la production était peu probable à court terme. Les efforts actuels se concentrent sur la stabilisation de la production existante. Toute croissance significative nécessiterait des capitaux soutenus, des transferts de technologie et des réformes institutionnelles, qui prennent du temps à mettre en place. »
La reconstruction de l’industrie pétrolière vénézuélienne nécessiterait une décennie et des centaines de milliards de dollars d’investissement. Le Secrétaire à l’Énergie américain Chris Wright a rencontré des dirigeants pétroliers le 7 et 8 janvier à Miami lors du Goldman Sachs Energy, CleanTech & Utilities pour discuter de la relance des opérations d’extraction au Venezuela, avec Chevron s’étant déjà engagé à investir « des milliards » selon les déclarations de Trump.
L’objectif stratégique : Affaiblir structurellement l’OPEP+
À long terme, certains analystes estiment que le retour progressif du pétrole vénézuélien sur le marché pourrait avoir une portée géopolitique dépassant la seule question de l’offre. Sans constituer une arme capable de faire chuter brutalement les prix, ces nouveaux volumes viendraient s’ajouter à une offre mondiale déjà abondante, compliquant la capacité de l’OPEP+ — dominée par l’Arabie saoudite et la Russie — à maintenir une discipline efficace sur les quotas.
Pour les États-Unis, qui ne font pas partie de l’entente, l’enjeu ne serait pas de provoquer un effondrement des prix, mais de réduire progressivement le pouvoir de marché de l’OPEP+. Dans ce cadre, le Venezuela apparaît comme un producteur potentiellement malléable, dépendant de l’accès aux marchés occidentaux, et dont la remontée en puissance pourrait, à terme, limiter la marge de manœuvre des grands producteurs du Golfe et de Moscou.
Cela étant, même dans des scénarios optimistes, la production vénézuélienne resterait insuffisante pour bouleverser à elle seule l’équilibre mondial. Comme le souligne Cornelia Meyer, présidente de LBV Asset Management, l’échelle de production de pays comme l’Arabie saoudite ou l’Irak demeure hors de portée du Venezuela dans un avenir prévisible, ce qui relativise l’impact de cette dynamique.
Ce qui compte davantage : Le précédent
Nakhle avertit que l’instabilité, et non l’offre pétrolière, constitue le risque réel. « Les marchés peuvent gérer les barils vénézuéliens. Ils ne peuvent pas facilement évaluer un désordre politique prolongé. » Les interventions en Irak et en Libye ont déclenché une instabilité à long terme qui s’est répercutée à travers la région. Le Venezuela, avec une population de 30 millions d’habitants, risque un sort similaire.
La guerre silencieuse pour les minéraux critiques
Le talon d’Achille chinois
Au‑delà de l’enjeu pétrolier, la dynamique vénézuélienne s’inscrit aussi dans une rivalité stratégique entre les États‑Unis et la Chine autour des matières premières critiques. Le Venezuela possède un vaste potentiel minier dans l’Arc Minier de l’Orénoque (plus de 110 000 km²), identifié comme riche en or, bauxite et coltan, et potentiellement porteur de terres rares, bien que ces dernières n’aient pas encore fait l’objet d’une exploitation industrielle significative ou d’estimations publiques fiables. Sur le marché mondial des terres rares, la Chine domine largement, représentant environ 70 % de la production minière et contrôlant près de 90 % des capacités de raffinage de ces métaux essentiels à l’électronique et aux technologies avancées, tandis que les États‑Unis importent une grande partie de leurs besoins.
Cette rivalité se reflète déjà dans le secteur énergétique. Bien que les exportations vénézuéliennes vers la Chine aient diminué récemment, Pékin reste un acheteur important : les importations de brut vénézuélien vers la Chine ont atteint environ 470 000 barils par jour en 2025, soit près de 4,5 % des importations totales de pétrole par voie maritime de la Chine. Les liens énergétiques s’accompagnent d’investissements chinois dans le secteur pétrolier vénézuélien, qui ont été évalués à plusieurs milliards de dollars depuis 2016, même si ce chiffre est bien en deçà des estimations souvent citées de dizaines de milliards. Dans ce contexte, Washington considère l’accès à ces ressources — pétrolières comme minérales — comme un élément à long terme pour réduire la dépendance stratégique aux chaînes d’approvisionnement dominées par Pékin.
L’implication pour le MENA
Cette dimension de la rivalité sino-américaine a des implications directes pour le Moyen-Orient :
- Pression sur les exportations pétrolières vers la Chine : Sans le pétrole vénézuélien à prix réduit, la Chine devra augmenter ses importations depuis la Russie et le Moyen-Orient, ce qui sera plus coûteux. L’Arabie Saoudite fournit actuellement 14–21% des importations pétrolières chinoises totales. Le royaume essaye de tirer parti des deux grandes puissances en jouant sa sécurité assurée par les États-Unis) et ses liens économiques croissants avec la Chine, notamment dans le domaine énergétique.
- Compétition pour les minéraux critiques : Plusieurs pays du MENA possèdent leurs propres gisements de minéraux stratégiques. L’Arabie Saoudite a annoncé des découvertes significatives de lithium et de terres rares, tandis que le Maroc contrôle au moins 70% des réserves mondiales de phosphate. La reconfiguration des chaînes d’approvisionnement pourrait offrir de nouvelles opportunités aux producteurs du MENA.
- Le précédent de l’intervention pour ressources : Si Washington établit un précédent où le contrôle des ressources stratégiques justifie l’intervention militaire, cela crée une vulnérabilité potentielle pour tous les États riches en ressources, y compris dans le MENA.
Le précédent juridique et ses implications normatives
La violation flagrante du droit international
L’immunité des chefs d’État
Le cadre juridique ne laisse aucune ambiguïté : l’opération constitue une violation flagrante du droit international. La Charte des Nations Unies interdit explicitement la menace ou l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État (Article 2, paragraphe 4). Les chefs d’État en exercice bénéficient d’une immunité absolue contre l’arrestation et la poursuite par des États étrangers.
La réaction de l’ONU
Le Secrétaire général Antonio Guterres a déclaré lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité le 5 janvier qu’il était « profondément alarmé » et a souligné que « le respect du droit international doit rester le principe directeur », exprimant son inquiétude que les règles régissant l’usage de la force « n’aient pas été respectées » dans l’action militaire du 3 janvier.
L’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, a tenté de justifier l’opération en affirmant qu’« il ne s’agit pas d’une occupation d’un pays » mais plutôt d’« une opération de maintien de l’ordre dans le cadre d’inculpations légales qui existent depuis des décennies. » Cette argumentation, rejetée par la majorité des membres du Conseil de sécurité, y compris des alliés américains, illustre la fragilité juridique de l’intervention.
Les implications pour le MENA
L’inquiétude régionale au MENA
Pour les dirigeants du MENA, l’opération vénézuélienne établit un précédent inquiétant. Nicolás Maduro Guerra, fils du président capturé, a exprimé cette préoccupation lors de son premier discours public le 5 janvier devant le Parlement vénézuélien : « Si nous normalisons l’enlèvement d’un chef d’État, aucun pays n’est en sécurité. Aujourd’hui, c’est le Venezuela. Demain, cela pourrait être n’importe quelle nation qui refuse de se soumettre. Ce n’est pas un problème régional. C’est une menace directe à la stabilité politique mondiale. »
Les vulnérabilités spécifiques du MENA
Plusieurs facteurs rendent la région particulièrement sensible à ce précédent :
- Les dirigeants sous sanctions : Plusieurs chefs d’État et officiels du MENA font l’objet de sanctions et d’inculpations américaines, créant une justification juridique potentielle similaire à celle invoquée pour Maduro.
- La présence militaire américaine : Contrairement à l’Amérique latine, le MENA héberge de multiples bases militaires américaines, offrant une capacité de projection de force immédiate.
- La doctrine préemptive : L’administration Trump a explicitement déclaré dans sa Stratégie de sécurité nationale de 2025 son intention d’agir unilatéralement contre les menaces perçues, rejetant « l’hégémonie globale pour un réalisme America First. »
- Le précédent iranien en particulier : L’Iran illustre la capacité américaine à cibler directement un régime et ses dirigeants par une combinaison de sanctions extraterritoriales, d’actions clandestines et de frappes ciblées, comme l’a montré l’élimination du général Qassem Soleimani en 2020. Ce précédent démontre que Washington n’hésite pas à assumer un usage direct de la force contre des figures étatiques sous sanction lorsqu’elles sont jugées menaçantes.
La reconfiguration des alliances et l’érosion de l’ordre multilatéral
La Chine : Entre condamnation et recalcul stratégique
La réponse officielle de Pékin
La Chine a vigoureusement condamné l’opération américaine, ajoutant « Aucun pays ne peut agir en tant que gendarme du monde, ni prétendre être le juge international. »
Les médias d’État chinois ont présenté l’intervention comme une validation de leurs critiques à l’égard de l’unilatéralisme américain, alors que Pékin cherche à se positionner comme le véritable champion de l’ordre international basé sur les règles.
Les intérêts économiques en jeu
Pour la Chine, le Venezuela représente bien plus qu’un simple allié idéologique. Depuis 2007, Pékin a engagé des montants cumulés pouvant atteindre près de 60 milliards de dollars sous forme de prêts adossés au pétrole, faisant du Venezuela l’un de ses principaux débiteurs énergétiques en Amérique latine. Si ces sommes relèvent davantage de mécanismes de financement que d’investissements directs, elles exposent néanmoins la Chine à un risque stratégique majeur en cas de rupture durable des flux pétroliers ou de changement politique à Caracas.
L’impact sur le MENA
La perte d’influence chinoise au Venezuela pourrait pousser Pékin à intensifier ses investissements ailleurs, notamment au Moyen-Orient où la Chine a déjà établi une présence significative.
La région constitue déjà un pilier de la projection économique chinoise, notamment à travers la Belt and Road Initiative, qui a concentré des dizaines de milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures et l’énergie au sein du MENA ces dernières années.
Cette présence s’est également traduite par une montée en puissance diplomatique, illustrée par le rôle de médiateur joué par la Chine dans le rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran en mars 2023. Parallèlement, Pékin a consolidé ses partenariats énergétiques avec l’Irak, l’Iran — via un accord de coopération stratégique de long terme à hauteur de 400 milliards de dollars signé en 2021 — et les monarchies du Golfe. Ensemble, ces dynamiques font du Moyen-Orient une zone clé de compensation stratégique pour la Chine face aux incertitudes croissantes en Amérique latine.
La Russie : Un allié impuissant
L’échec de la protection
L’effondrement du régime de Maduro, malgré le soutien politique et militaire de Vladimir Poutine, soulève des questions cruciales sur la capacité de Moscou à protéger ses alliés. Cette faillite fait écho à la chute de Bachar Al-Assad en Syrie (décembre 2024), où les systèmes de défense aérienne russes se sont révélés incapables d’imposer des effets décisifs contre les frappes israéliennes et américaines.
Les leçons pour le MENA
Pour les alliés régionaux de la Russie, notamment la Syrie post-Assad, l’Iran ou encore l’Algérie, l’impuissance russe au Venezuela envoie un message inquiétant. Les systèmes Pantsir, Buk et S-300/400 qui équipent plusieurs armées du MENA ont démontré leurs vulnérabilités face aux cycles modernes de renseignement-surveillance-reconnaissance et de frappes de précision.
Alliée historique de la Russie et fortement équipée en armements russes, l’Algérie observe avec attention les limites révélées de la protection offerte par Moscou à ses partenaires. Sans rompre son alignement stratégique, Alger semble privilégier une approche plus prudente et flexible, attentive à l’évolution des rapports de force. N’ayant pas condamné publiquement l’opération américaine au Vénézuéla, alors même que Caracas était un partenaire politique affirmé, ce silence, que l’on peut qualifier de « stratégie discrète » reflète une volonté d’éviter de confronter Washington. La déclaration du président Tebboune selon laquelle « il ne faut pas être plus sahraouis que les Sahraouis » illustre cette logique de recalibrage : maintien des principes, mais réduction de l’exposition politique directe. Dans un contexte où la crédibilité sécuritaire russe est questionnée, l’Algérie paraît chercher à préserver sa marge de manœuvre stratégique plutôt qu’à s’enfermer dans des engagements rigides.
La fragmentation du Sud Global
Les condamnations latino-américaines
Le Brésil, la Colombie, le Mexique, l’Uruguay, le Chili et l’Espagne ont publié une déclaration commune le 4 janvier exprimant leur « profonde préoccupation et leur rejet ferme des actions militaires menées unilatéralement sur le territoire vénézuélien » par les États-Unis.
Le président colombien Gustavo Petro a même averti qu’il était « prêt à prendre les armes si nécessaire » pour défendre la souveraineté régionale, déployant des forces militaires à la frontière vénézuélienne. Le président brésilien Lula da Silva a qualifié l’opération de « très grave affront à la souveraineté du Venezuela et d’un précédent extrêmement dangereux pour toute la communauté internationale. »
Les implications pour les coalitions du MENA
Cette fracture expose les limites des tentatives de construire des coalitions d’États du Sud Global en opposition à l’hégémonie occidentale. Les pays du MENA qui ont participé à l’expansion des BRICS (notamment l’Égypte, l’Iran, les EAU et l’Arabie Saoudite admis en 2024) doivent recalculer les bénéfices et risques de ces alignements face à une administration américaine disposée à utiliser la force militaire unilatéralement.
Les vulnérabilités spécifiques des acteurs du MENA
L’Iran : Dans la ligne de mire
L’accumulation des facteurs de vulnérabilité
L’opération vénézuélienne survient alors que l’Iran fait face à une conjonction de pressions sans précédent :
- Crise de légitimité idéologique : L’effondrement du « croissant chiite » (Syrie), l’affaiblissement du Hezbollah, et la défaite dans la guerre de 12 jours avec Israël ont érodé les fondations idéologiques du régime
- Crise écologique : La crise hydrique alimente des années de mouvements de protestation sans solution facile
- Crise économique : Les manifestations de janvier 2026 pour difficultés économiques représentent la plus récente expression d’un mécontentement structurel
- Crise successorale : L’âge avancé du Guide suprême Ali Khamenei et les questions autour de sa succession créent une incertitude politique
Les menaces explicites de Trump
Vendredi 2 janvier 2026, Trump a menacé d’intervenir en Iran en soutien aux manifestants : « Si l’Iran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, ce qui est leur coutume, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours. » Le message de Lapid après l’opération vénézuélienne (« Le régime en Iran devrait prêter une attention particulière à ce qui se passe au Venezuela ») a rendu cette menace explicite.
Les États pétroliers du Golfe : Entre opportunité et risque
Les opportunités
- Remplacement des barils vénézuéliens : À court et moyen terme, l’incertitude vénézuélienne pourrait bénéficier aux producteurs du Golfe en maintenant des prix plus élevés
- Renforcement du levier de négociation avec Washington : L’instabilité durable du Venezuela accroît la dépendance américaine à la fiabilité des producteurs du Golfe pour gouverner sans crise. Riyad et Abou Dhabi peuvent ainsi transformer leur rôle de stabilisateurs du marché en levier diplomatique
- Affaiblissement de l’Iran : La perte d’un allié clé réduit la capacité de projection iranienne
Les risques
- Surproduction stratégique future : Le retour massif du pétrole vénézuélien dans 5-10 ans pourrait crasher les prix, un scénario que même les monarchies du Golfe ne contrôleraient pas
- Précédent interventionniste : Le contrôle américain direct sur les ressources pétrolières d’un État souverain établit un précédent inquiétant
- Alignement forcé : La pression pour choisir entre Washington et Pékin dans la rivalité pour les ressources s’intensifie
- Acteurs montants de la région: Les tensions entre l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis compromettent la stabilité et les capacités d’influence des Monarchies du Golfe dans la région. L’affaiblissement de l’Iran, perçu comme une opportunité, peut se transformer en risque si les États pétroliers du Golfe ne parviennent pas à structurer la transition régionale. Dans ce cas, le vide stratégique pourrait être exploité par des acteurs plus assertifs comme Israël ou la Turquie, mais aussi par des groupes insurgés transnationaux — notamment dans l’aire du Khorassan — dont l’objectif n’est pas la stabilisation, mais la déstabilisation durable des équilibres régionaux.
Les États en transition : Syrie, Libye, Yémen
La Syrie post-Assad
Le nouveau président syrien Ahmed Al-Sharaa doit naviguer une situation délicate. Trump a démontré une disposition à lever rapidement des sanctions pour des dirigeants qui coopèrent (comme les sanctions syriennes) mais aussi à intervenir militairement contre ceux qui résistent.
Les enseignements pour les États fragiles
Les États du MENA traversant des transitions politiques doivent calibrer soigneusement leur positionnement. L’opération vénézuélienne démontre que la protection russe ou chinoise n’est pas une garantie contre l’intervention américaine, la qualification d’ « État narco-terroriste » ou « État voyou » peut justifier juridiquement (dans la perspective américaine) une action militaire, les alliés régionaux peuvent choisir le silence plutôt que la solidarité face à l’intervention
Implications pour l’architecture multilatérale
L’impuissance du Conseil de sécurité
La paralysie institutionnelle
La réunion d’urgence du Conseil de sécurité le 5 janvier a exposé les limites structurelles de l’ordre multilatéral. Malgré la condamnation du Secrétaire général Guterres et les appels de nombreux États membres, le Conseil s’est révélé incapable d’adopter une résolution condamnant l’action américaine ou appelant au respect du droit international, en raison du veto garanti des États-Unis.
Le précédent pour les opérations futures
L’absence de conséquences institutionnelles pour l’intervention vénézuélienne établit un précédent dangereux. Les membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) sont déjà exempts de responsabilité pour leurs actions militaires grâce au droit de veto. L’opération vénézuélienne normalise davantage l’unilatéralisme des grandes puissances.
L’érosion des normes de souveraineté
La doctrine de responsabilité de protéger (R2P) pervertie
L’intervention au Venezuela ne peut être justifiée sous la doctrine R2P, qui autorise l’intervention internationale uniquement pour prévenir des atrocités de masse (génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, nettoyage ethnique). Pourtant, la rhétorique américaine sur la « libération » du peuple vénézuélien emprunte au langage humanitaire tout en poursuivant des objectifs géopolitiques et économiques.
Les implications pour les conflits du MENA
Cette perversion des justifications humanitaires complique les efforts légitimes d’intervention dans les crises régionales. Les interventions potentielles en Libye ou au Soudan pour raisons humanitaires perdent en crédibilité, les États autocratiques du MENA peuvent pointer vers le Venezuela pour rejeter toute critique internationale, la légitimité de la Cour pénale internationale et d’autres mécanismes de justice internationale est affaiblie
Un point d’inflexion pour l’ordre régional et global
L’opération militaire américaine au Venezuela du 3 janvier 2026 marque bien plus qu’un tournant dans les relations hémisphériques occidentales. Pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cet événement catalyse plusieurs dynamiques transformatrices qui redéfiniront l’architecture géopolitique régionale pour les années à venir.
Trois conclusions s’imposent avec certitude :
Premièrement, le triangle stratégique Venezuela-Iran-Hezbollah, construit sur plus de deux décennies, a subi un coup possiblement fatal. La perte des réseaux de financement sud-américains, des passeports diplomatiques vénézuéliens, et de la base opérationnelle dans l’île Margarita affaiblira durablement les capacités du Hezbollah alors même que l’organisation traverse sa période de vulnérabilité la plus aiguë. Pour l’Iran, déjà confronté à l’effondrement du « croissant chiite » avec la chute d’Assad, la perte du Venezuela accentue un isolement stratégique croissant.
Deuxièmement, le précédent juridique établi normalise une forme d’interventionnisme unilatéral qui érode les principes fondamentaux de souveraineté étatique consacrés par la Charte des Nations Unies. L’immunité des chefs d’État, pierre angulaire du droit international depuis les traités de Westphalie de 1648, a été violée de manière flagrante. Pour les dirigeants du MENA, notamment en Iran, cette nouvelle réalité impose un recalcul stratégique : ni le droit international, ni la protection des alliés russes ou chinois ne constituent des garanties fiables contre l’action militaire américaine.
Troisièmement, la rivalité sino-américaine pour le contrôle des ressources stratégiques, tant pétrolières que minérales, s’est intensifiée d’une manière qui affecte directement les calculs économiques des États du MENA. Le potentiel contrôle américain anticipé sur les 303 milliards de barils de réserves pétrolières vénézuéliennes et sur les gisements de minéraux critiques de l’Arc Minier de l’Orénoque repositionne les États-Unis dans la compétition géo-économique globale, avec des répercussions pour les exportateurs pétroliers du Golfe et les stratégies d’approvisionnement chinoises qui passent par la région.
Plusieurs dynamiques demeurent imprévisibles et requièrent une surveillance attentive :
La résilience ou l’effondrement de l’ordre institutionnel vénézuélien déterminera si l’intervention américaine crée une transition gérée ou un chaos prolongé similaire à la Libye post-2011. Dans le second cas, la validation des craintes régionales concernant les interventions américaines comme vecteurs de déstabilisation plutôt que de stabilité compliquerait significativement la diplomatie américaine au MENA.
La réaction iranienne aux pressions cumulées – perte d’alliés, manifestations internes, menaces explicites de Trump – pourrait prendre plusieurs formes, de l’accommodation à l’escalade désespérée. La fenêtre temporelle de mai 2026 (élections législatives libanaises) à janvier 2027 sera critique pour déterminer si Téhéran accepte un désarmement graduel du Hezbollah ou tente une démonstration de force pour préserver son influence régionale.
L’évolution de l’architecture énergétique globale sur un horizon de 5 à 10 ans, avec le retour potentiel de barils vénézuéliens significatifs sur le marché, pourrait structurellement affaiblir l’OPEP+ et transformer les calculs budgétaires des monarchies pétrolières du Golfe qui dépendent de prix pétroliers élevés pour leurs programmes de diversification économique (Vision 2030 saoudienne, Plan Abu Dhabi 2030).
Les leçons stratégiques pour les acteurs du MENA
Les États de la région doivent intégrer plusieurs leçons de l’opération vénézuélienne dans leurs planifications stratégiques :
- La multipolarité n’est pas synonyme de protection : La présence d’alliés russes, chinois ou du Sud Global n’offre pas de garantie contre l’action militaire américaine unilatérale
- Les ressources stratégiques créent des vulnérabilités : Le contrôle de réserves pétrolières massives ou de minéraux critiques peut devenir un facteur d’intervention plutôt qu’un atout diplomatique
- Les réseaux transnationaux sont vulnérables : Les connexions entre acteurs étatiques et non-étatiques à travers les continents (comme le triangle Venezuela-Iran-Hezbollah) peuvent être démantelées par des actions ciblées
- L’architecture multilatérale est affaiblie : Le Conseil de sécurité et d’autres institutions internationales n’offrent plus de protection effective contre les actions unilatérales des grandes puissances
- Le pragmatisme prime sur l’idéologie : Les monarchies du Golfe, l’Algérie ont choisi le silence plutôt que la solidarité avec le Venezuela, privilégiant leurs intérêts stratégiques
Une fenêtre de turbulence
L’opération au Venezuela s’inscrit dans une période de turbulence géopolitique globale où les règles établies de l’ordre international d’après-Guerre froide se désintègrent sans qu’un nouveau cadre cohérent n’ait émergé pour les remplacer. Pour le MENA, région déjà traversée par de multiples conflits et transitions (Syrie, Libye, Yémen, Soudan), cette instabilité crée à la fois des risques et des opportunités.
Les acteurs régionaux qui sauront naviguer cette période avec pragmatisme, en diversifiant leurs partenariats, en maintenant une flexibilité stratégique, et en évitant les rigidités idéologiques, seront mieux positionnés pour prospérer. Ceux qui continueront à miser sur des alliances fixes ou sur la protection du droit international risquent de subir le sort de Maduro : capturés par des forces qu’ils croyaient pouvoir repousser, emmenés vers des juridictions qu’ils pensaient hors de portée.
L’histoire du XXIe siècle s’écrit dans ces moments où l’audace unilatérale défie les normes établies, et où le silence de la communauté internationale valide de nouveaux précédents. Le Venezuela en 2026, comme l’Irak en 2003 ou la Libye en 2011, deviendra probablement un point de référence dans les débats futurs sur la souveraineté, l’intervention et l’ordre mondial. Pour les États du MENA, comprendre et anticiper les implications de ce tournant est une nécessité stratégique urgente.


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